La CNV : Pour renforcer les relations en milieu scolaire
Les effets d’un accompagnement en Communication NonViolente (CNV) sur le développement des compétences socioémotionnelles au sein de la communauté éducative d’une école primaire
Résumé:
L’article explore l’effet de l’accompagnement en Communication NonViolente sur le développement des compétences socioémotionnelles au sein d’une communauté éducative d’une école primaire. Il présente un projet-pilote visant des interventions bienveillantes envers les élèves. Les résultats exemplifient des apprentissages réalisés par le personnel scolaire et les retombées anticipées et observées.
Contexte
L’importance croissante accordée au développement des compétences socioémotionnelles des élèves dans les écoles est en accord avec la mission essentielle de socialisation du programme de formation de l’école québécoise. Dans cette optique, de nombreux chercheurs soulignent que pour intégrer efficacement ces compétences dans leur enseignement, les enseignants doivent également les cultiver pour eux-mêmes, ce qui pourrait contribuer à leur bien-être au travail. C’est avec ces présupposés qu’un projet-pilote a été mené pour étudier les effets d’un accompagnement en Communication NonViolente (CNV) sur le développement des compétences socioémotionnelles du personnel scolaire dans une école primaire. Ce projet d’accompagnement vise la formation et le soutien de tout le personnel scolaire sur différents thèmes dont ceux-ci : l’observation, les sentiments, les besoins, les demandes, la gratitude, dire non et la résolution de problème. La CNV peut-elle aider le personnel à améliorer ses compétences socioémotionnelles, et par le fait même avoir des effets positifs sur les élèves en leur offrant un modèle concret de ces compétences en contexte réel ? Le projet-pilote a permis de mettre en évidence quelques apprentissages du personnel scolaire dans ce domaine.
Retombées pratiques de l’accompagnement en CNV pour le personnel scolaire
L’accompagnement en CNV mené sur deux ans auprès du personnel de l’école primaire a permis le développement de leurs compétences socioémotionnelles. Les résultats obtenus démontrent quelques retombées concrètes sur les pratiques professionnelles de plusieurs personnels, bénéfiques à la fois pour eux-mêmes et pour certains élèves. Par exemple, une personne participante relève : « J’utilise [les termes] je vois et j’entends et je dis les faits plutôt que d’interpréter la situation » et une autre personne partage : « Dire aux enfants comment je me sens quand ça crie en classe lors des jeux libres et laisser s’exprimer les enfants qui sont dérangés par cela ».
Mieux se connaître et mieux s’autoréguler
Le développement des compétences de conscience de soi et d’autogestion a été particulièrement appréciable chez les personnes participantes. Elles ont appris à mieux identifier et exprimer leurs sentiments et leurs besoins, à partir d’observations, notamment grâce à la pratique de l’autoempathie et par l’expression authentique.
Comme le mentionne une personne participante : » J’ai utilisé le « bonhomme OSBD » pour expliquer mes besoins aux élèves en classe ». Cet outil fait référence aux quatre points de repère de la CNV qui propose à partir d’une observation de relier ses sentiments à ses besoins pour mieux saisir ce qui est présent à l’intérieur de soi afin de faire une demande. Cette pratique axée sur la conscience de soi favorise un climat où la responsabilité de chacun est prise lors de situations plus difficiles entre les collègues, avec les élèves ou les parents. Comme l’exprime une autre participante : « Ce matin, j’ai retiré un élève de ma classe parce qu’il m’exaspérait et me déconcentrait. J’aurais dû m’exprimer davantage sur mes sentiments et mes besoins ». Prendre conscience de ses sentiments et de ses besoins en temps réel est un apprentissage clé pour mieux les considérer lors d’interventions auprès des élèves, mais aussi pour exprimer sa gratitude à ces derniers.
Des relations plus authentiques et empathiques
L’approche CNV met l’accent sur l’expression authentique de ses sentiments, de ses besoins et elle invite à l’écoute empathique de l’autre. Les personnels ont amélioré leur capacité à entrer en relation de manière bienveillante, avec curiosité, en se focalisant sur la connexion pour passer au-delà des jugements, des critiques et des conseils. Cela se traduit par exemple par une meilleure prise en compte des sentiments et des besoins des élèves, comme l’illustre ce témoignage : « En classe, quand un élève a besoin de se faire entendre et que ça ne fonctionne pas, j’en fais une situation autour du bonhomme OSBD ». Cela aide les élèves à exprimer ce qu’ils vivent et à écouter l’autre de façon empathique.
Cette empathie favorise des relations de confiance et de collaboration non seulement avec les élèves, mais aussi avec les parents et les collègues. Comme le souligne une participante : « S’il ne fait pas son travail, je vais essayer de comprendre la cause. Je ne vais pas simplement me dire : « Il est TDA, il doit n’avoir rien écouté ». Exprimer clairement ses sentiments et ses besoins et reconnaître ceux de l’autre permet ensuite de formuler une demande ouverte, spécifique, positive et réalisable.
Une communication plus constructive et bienveillante
Cette communication permet de prévenir les conflits comme l’illustre ce témoignage : « Quand deux élèves ont de la difficulté à se parler en moi, toi, nous [CNV], j’utilise le modèle de la CNV pour les aider à s’exprimer et à se comprendre ». En appliquant les quatre points de repère de la CNV, le personnel scolaire guide les élèves pour qu’ils puissent s’exprimer et être entendus de manière constructive.
Cette communication bienveillante et structurée apporte plus de sécurité dans les échanges, comme le souligne un personnel : « J’ai davantage de vocabulaire pour exprimer comment je me sens selon la situation. Je prends le temps de le verbaliser à mes élèves pour qu’ils comprennent et qu’ils utilisent eux aussi leurs propres sentiments ». Prendre du recul et formuler ce qui est présent dans la situation à partir des quatre points de repère permet un climat d’ouverture à soi, à l’autre empreint d’empathie.
Un mieux-être professionnel
Le développement des compétences socioémotionnelles par l’approche de la CNV est à considérer pour favoriser le bien-être du personnel scolaire, car elle permet de mieux se connaître, de mieux communiquer et d’avoir des relations répondant aux besoins de tous. Comme le dit un personnel : « En classe, lorsque je veux un moment de silence, j’exprime aux élèves mon besoin et comment je me sens avant et après ce moment ». Un autre personnel ajoute « J’ai changé ma d’intervenir dans mon bureau, je pars des sentiments et des besoins et j’écoute les élèves avec empathie ». Le personnel est plus à même d’accompagner à partir d’un espace d’empathie pour eux et pour les élèves.
Des retombées à long terme pour toute la communauté éducative
Au-delà des bénéfices individuels, l’accompagnement en CNV pourrait avoir des retombées à long terme sur toute la communauté éducative. En poursuivant le développement des compétences socioémotionnelles du personnel, un effet d’entraînement positif est créé sur les élèves et sur l’ensemble de l’école. À la fin du projet-pilote, une première formation avec les parents s’est avérée porteuse de sens aussi pour eux. Ils ont demandé de poursuivre leurs apprentissages sur ce thème l’année prochaine.
Les élèves, au contact de modèles bienveillants et empathiques, pourraient intérioriser ces modèles et les reproduire dans leurs propres relations. Ils apprennent à mieux se connaître, à exprimer ce qu’ils vivent et à prendre en compte les besoins des autres. Cela contribuerait à créer un climat scolaire plus serein et propice aux apprentissages.
Il est possible d’anticiper que si la CNV devient un langage commun à l’école qui facilite la communication et la résolution des problèmes, les réunions d’équipe et les échanges avec les parents gagneraient en fluidité et en humanité. L’école devient alors un lieu de vie où chacun peut se développer dans ses aptitudes communicationnelles.
À plus grande échelle, l’expérience de cette école inspirera assurément d’autres établissements scolaires à emprunter cette voie de la communication à travers cette approche inspirante. Nul doute que cette expérience permet d’observer qu’en mettant l’accent sur le développement des compétences socioémotionnelles du personnel par l’apprentissage de la CNV, il est possible d’améliorer le bien-être de toute la communauté éducative.
Voici un lien vers une courte vidéo du projet-pilote : Conversation courageuse moi, toi, nous
Autrices : Isabelle Vachon, et Lena Guézennec, consultantes en Éducation
Références
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